Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège
Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège
Depuis combien de temps habites-tu en Norvège et quel est ton métier?
J’habite en Norvège depuis 8 ans et je suis juriste en droit international. Je suis aussi spécialiste de l’Indonésie, et bizarrement c’est le fait de parler l’indonésien qui m’a fait venir en Norvège. Une ONG environnementale cherchant quelqu’un pour travailler sur les forêts et pour les droits des peuples autochtones en Indonésie m’a embauchée. J’ai déménagé sans trop réfléchir, et je ne suis jamais partie. J’ai toujours beaucoup écrit, et en commençant mon blog  » A Frog in the Fjord  » pour m’amuser en 2014 je ne savais pas encore que cela m’ouvrirait les portes du journalisme en Norvège.
 
Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège
Tu as donc creé le blog « A Frog in the Fjord » et plus récemment tu as sorti un livre « En frosk i fjorden – Kunsten å bli norsk » comment sont nés ces 2 projets?
Le blog est né de mes frustrations dans mon intégration en Norvège et des malentendus que je rencontrais avec la culture norvégienne. Je ne voulais pas non plus être l’étrangère qui se plaint tout le temps, donc j’ai décidé de tourner ça à la rigolade et d’écrire sur mes incompréhensions d’un point de vue humouristique.
 
Au début j’avais 3 lectrices : ma mère et ses deux voisines. Puis tout à coup au bout de 9 mois un de mes textes est devenu viral et a été lu par presque 100,000 lecteurs en 2 jours. NRK et Aftenposten m’ont contacté pour que je publie mon texte et en parle, c’était « The Joys of Being a Woman in Norway ». Quelques mois plus tard on m’a proposé un contrat pour écrire des chroniques chez VG, le plus gros quotidien du pays. J’ai continué mon travail de bureau pendant que j’écrivais pour mon blog et VG. Puis après 2-3 ans plusieurs maisons d’édition m’ont contacté.
 
On a longtemps hésité sur la forme que devrait prendre le livre : une séquence de textes issus de mon blog ? Un texte à la première personne ? Finalement on a opté pour une histoire suivie sur ma première année en Norvège, allant de saison en saison avec tout ce que ces périodes bien définies veulent dire dans la vie norvégienne : Pâques, le 17 mai, les vacances d’été dans la « hytta » et à « Syden », et aussi en filigrane mes difficultés pour apprendre le norvégien, le mode de travail des Norvégiens très différent de celui en France, l’égalité hommes-femmes, la difficulté de comprendre les techniques de drague des Norvégiens etc. Mon livre n’est disponible qu’en norvégien, mais je l’ai écrit en anglais donc c’est tout à fait possible de le publier tel quel, ou éventuellement en français. Si quelqu’un est intéressé par un tel projet, contactez-moi !
Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège
Beaucoup de gens pensent qu’il fait froid toute l’année, qu’il neige non-stop et qu’il fait nuit tout le temps. Peux-tu me parler de ton ressenti par rapport au climat? (températures, lumière…)
Je viens de Marseille, donc le soleil je connais ! Mais ce que je trouve le plus dur en Norvège n’est pas le froid mais l’obscurité en hiver, et surtout au début de l’hiver avant qu’il neige. Là c’est vraiment dur. Et encore je vis à Oslo. À Tromsø au nord c’est 10 fois ce qu’on vit dans le « sud ». Une autre chose que je trouve difficile c’est le manque de « vrai » été.
On peut avoir un été magnifique en Norvège comme du soleil pendant 3 jours puis se retrouver avec son manteau d’automne et la pluie tous les jours en Juillet. Une fois au mois d’août je me suis retrouvée dans le Trøndelag par 4 degrés Celcius dans un chalet sans eau ni électricité. Environ 30 degrés de différence avec Marseille au même moment. J’ai demandé au père de famille qui possédait le chalet « mais c’est quoi la différence entre l’été et l’hiver s’il fait 4 degrés en plein été ? ». Il m’a répondu « Le temps qu’on met pour déneiger l’entrée du chalet ».
Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège
Qu’est-ce qui t’a le plus marqué en arrivant en Norvège?
De me retrouver seule au bureau à 17h30 parce que tous mes collègues sont partis depuis 16h, et que mon directeur vienne me voir en me voyant à 18h30 toujours à mon bureau et me dise « Maintenant il faut rentrer chez toi. Il faut beau dehors, il faut avoir une vie en dehors du travail ». Aussi que mon chef (un autre) prenne 7 mois de congé paternité sans que quiconque ne lève un sourcil. Il a été remplacé puis est revenu à son poste 7 mois plus tard sans problème. Impensable dans bien des pays.
Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège
Beaucoup pensent que les Norvégiens seraient froids et distants, qu’en penses-tu ?
Si tu as l’habitude de taper les gens dans le dos et te faire inviter à dîner par des gens rencontrés la veille dans une fête, les Norvégiens te paraitront sûrement un peu froids. Il ne faut pas oublier que c’est une culture qui a ses racines dans un courant assez puritain du protestantisme, qui prône l’absence totale d’alcool, la discipline, l’humilité, la morale et de travailler dur.
Il y a beaucoup de honte dans la société norvégienne, aussi dans les rapports humains. Il y a aussi une peur innée de l’exclusion, probablement due au fait que les Norvégiens ont survécu dans un pays extrêmement rude jusqu’à ce qu’ils trouvent le pétrole. Cela les a rendu riches, leur a permis de construire des routes, et de ne plus avoir peur que leur voisin qu’ils ont froissé ne vienne pas les sauver de la tempête. Il y a une recherche constante de la sécurité, aussi dans les rapports d’amitié. Il faut donc bien souvent attendre plusieurs années avant d’être invité à manger chez les gens, ou à leur mariage, ou au baptême de leurs enfants. Ou à ce qu’ils nous confient des détails intimes de leur vie.
 
Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège
Souvent on se fait des amis dans les fêtes et quand ils nous recroisent ils font semblant de ne pas nous connaître. Je parle bien sûr de traits culturels généraux, pas de personnes en particulier qui ont toutes leur personnalité propre. Mais je pense que toutes ces caractéristiques de la société et son histoire font que beaucoup d’étrangers trouvent les Norvégiens peu chaleureux. Mais se faire des amis Norvégiens est tout à fait possible, j’ai maintenant beaucoup plus d’amis Norvégiens qu’étrangers ! Une amie me disait : les Norvégiens sont comme un Thermos, froids et durs à l’extérieur et chauds à l’intérieur. Il suffit de savoir ouvrir le bouchon. J’ai d’ailleurs écrit à ce sujet « How to make Norwegian Friends » qui donne quelques pistes.
Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège
Quelles différences culturelles ou traditions t’ont le plus marqué à ton arrivée?
La contradiction entre la richesse des matières premières norvégiennes: fromages, viandes, légumes comme potirons et topinambours, poissons; et ce que mangent vraiment les gens au quotidien. Des soupes lyophilisées et des produits industriels bourrés de sel et de sucre et de conservateurs.
Oslo c’est la capitale mais c’est une ville calme et paisible (pour moi qui vient de Paris).
Où est-ce que tu vivais en France et que penses-tu de la qualité de vie à Oslo et en Norvège en général?
Je viens de Marseille mais j’ai fait une partie de mes études à Paris. En effet, Oslo a la qualité d’une grande ville sans en avoir les inconvénients. L’air est pur, la forêt est proche et on a quand même un opéra, des salles de concert, plein de cafés sympas et du travail. Je pense que si je retournais vivre en France je ne supporterais pas de vivre dans une grande ville comme Paris. Je choisirais plutôt la Bretagne ou le Sud-Ouest où les gens sont moins tendus qu’à Marseille.
Lorelou Desjardins - Une blonde en Norvège

Lire les autres articles 

Regardez les vidéos

Suivez moi sur Facebook

Retrouvez le podcast gratuitement sur iTunes

Une blonde en Norvège
Wishlist 0
Continue Shopping